Raison Suffisante
Texte réalisé sous l'impulsion
de David Rosenberg
David Rosenberg est auteur de plusieurs
ouvrages consacrés à l'art moderne et contemporain.
Il est commissaire d'expositions en France et à l'étranger.
C’est une grande bataille que toute Création.
Ce terme jusqu’alors réservé à notre
Dieu créateur, nous cherchons perpétuellement à
le lui emprunter. C’est à croire que si nous pouvions
un tant soit peu participer à «l’éminente
beauté» du monde, nous nous en trouverions subitement
sauvés.
Alors le choix des armes : entre «poïèsis»
et «savoir-faire», que nos pères n’ont
eu de cesse de chercher à confronter ou (re)marier, nous
nous attarderons aussi à la grâce du «faire»,
car l’œuvre est première, et son existence matérielle
prévaut sur tout.
Et toute élucubration au-delà de la seule volonté
éjaculatrice de la main ou de l’œil ne serait
que fabulation secondaire. Et de savoir que ce n’est qu’à
la clarté de l’œuvre que l’on mesurera
sa beauté...
C’est donc avec les outils spécifiques
de l’homme (main - regard) que nous chercherons à
atteindre la grâce divine, et c’est en un sens utiliser
Ses armes, Lui, auquel il a fallu créer un homme pour être
pleinement Dieu, Lui, auquel il a fallu séparer les corps
pour... ... ...
C’est donc en empruntant le chemin de Dieu que nous lui
courons après. Mais pourquoi ?
C’est quand il s’agit de donner la
«raison suffisante» des choses que les raisonnements
sont le moins confortables. La question du «Pourquoi ?»
est la météorite qui a creusé le gouffre
de l’Absurde.
Alors pourquoi ? Demandez à Beckett, demandez à
Lévi, demandez à Pangloss. Rien n’a jamais
été plus figé qu’un raisonnement qui
tend à déterminer. Si la question est pur jaillissement
d’une pensée étonnée, la réponse
est une pensée fossilisée.
Il faudra donc faire preuve d’une grande habileté
pour donner la «raison suffisante» d’un choix
esthétique - mais ne s’impose-t-il pas ?
Nous commencerons par dire que les œuvres
naissent de l’accointance entre deux yeux «idiots»
: un acoquinement qui ne révèle rien que la capacité
de ces yeux singuliers à s’émouvoir sans pour
autant se fondre.
L’oeuvre «idiote» qui en résulte ne révèle
rien qu’un point de tension insoutenable entre l’idiotie
du regard et l’universalité du propos. De l’universel
au particulier il n’y a donc qu’un monde mais qui
vaut bien une galaxie.
Nous nous situons là.
Alors allez savoir qui de la forme ou du fond, qui du C ou du
R, des saints ou de Bacon, Rembrandt, Artaud.. ..... ... ... .
. .. ..... .... .. .. ... .. .................... .. .
Cette tension nous souhaiterions l’éliminer dans
l’Idéal fantasme de Table Rase, la fantasmagorique
extase des Idoles.
L’idéologie dominante en Art subit
la domination du concept. Aussi, et pour reprendre la définition
d’Althusser, on demande aux artistes de donner des réponses
qui précèdent les questions. Aussi la production
de concepts précède la production d’œuvres
d’art.
Nous nous efforçons de ne pas appliquer à l’Art
ce dictat.
Nous ne raffolons pas d’art conceptuel.
Et à la production de concepts nous substituons la production
de photographies.
Ainsi peut-être de «l’Art Con» nous passerons
à «l’Art Idiot».
CRYRS - Chloé Royac & Renaud Subra
Janvier 2008 |